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vendredi 8 décembre 2017

Talk that talk

Résultat de recherche d'images pour "susan sontag"
"Love words, agonize over sentences. And pay attention to the world.” Susan Sontag

Depuis plus d’un an, je perds mes mots. C’est un processus déroutant. Je m’entends parler et je me trouve imprécise, infoutue d’exprimer une pensée un tant soit peu cohérente. Je cherche mes mots, longtemps, péniblement  et comme je ne les trouve pas, je les troque contre d’autres, beaucoup moins à propos. Le fond du discours n’est pas plus brillant, mon esprit court après une pensée, n’arrive pas à l’attraper, la formuler et entre alors dans une panique folle : je me répète, je digresse, je fais des erreurs, je m’entends les faire, je tente de rattraper en comblant le vide que tout cela engendre.
Devoir s’exprimer devant une audience a toujours été une épreuve mais converser, dialoguer, entrer dans le débat même si c’est pour avoir tort, juste pour le plaisir de faire un bon mot, de malmener la pensée et au fond s’exprimer de quelque manière, ça ne l’a jamais été. J’aime parler. Mais maintenant, je commence à ne plus pouvoir.  Je ne peux plus m’écouter.

Perdre la parole pour ne plus avoir à la prendre ; j’en suis là.

Les causes, je les connais. Il y a la confiance en soi qui depuis plus d’un an est au plus bas pour diverses raisons. Je crois que j'ai trop parlé, de tout ce qui n’allait pas, trop souvent, trop longtemps. Evidemment, en face, l’écoute s’est raréfiée, refermée. Je ne peux plus parler de ces choses, car non seulement je me répète, n’avance pas, mais aussi parce que les autres ne veulent plus entendre. 

Paradoxalement, la parole des autres inonde mon quotidien. A travers Twitter, l’écoute de podcasts, la lecture de presse de fond, des programmes de France Culture, je me noie dans la pertinence et l’à-propos des autres. Je vénère l’intelligence d’une Mona Chollet, recherche des interviews de Susan Sontag, note des tas de choses à lire (même si je me fais rapidement rattraper par ma forte propension à la procrastination). Si cette accessibilité de la fulgurance me plonge dans des abîmes de dépréciation personnelle (se confronter à l'intelligence des autres force à évaluer, en regard, la sienne), il a au moins le mérite de me rappeler la puissance d’une parole précise et surtout bien formulée.

Petit florilèges des paroles qui m'ont touchée dernièrement:
-    -  « Dans le genre de » d’Augustin Trapenard. J’ai toujours eu beaucoup de mal avec Augustin Trapenard, sa voix mielleuse, son maniérisme pour parler de littérature, j'ai toujours eu l'impression de voir un type se complaire dans l’auto-satisfaction (les portraits des Inrocks n'aidant pas à me prouver le contraire). Et pourtant, pourtant, en écoutant son interview dans l’émission de Géraldine Sarratia "dans le genre de", j’ai été très agréablement surprise. D’une part, parce que je l’ai trouvé réellement drôle et percutant lorsqu’il s’agit de parler de son enfance, de son homosexualité. Et puis parce que son univers est finalement habité de choses qui me touchent profondément : Les hauts de Hurlevent, Anthony and the Johnsons, Joni Mitchell (cette manière de qualifier avec autant d’acuité A case of you de chanson anthropophage, je ne sais pas pourquoi mais ça m’a soufflée).  

-      - Les nouveaux féminismes des Grandes Traversées de France Culture. 5 émissions consacrées aux thématiques de la sexualité, du genre, de la maternité… qui sont d’une intelligence rare tant dans la pluralité des opinions qu’elles expriment, que dans ce ton jamais péremptoire mais toujours percutant qui permet de comprendre les enjeux et le vocable du féminisme à l’aube des nouveaux combats. J’ai adoré entendre toutes ces personnes parler sur ces sujets de premier ordre.

-        Le tour de force de Sonia Devillers qui interviewe Elizabeth Lévy dans l’instant M. Je trouve que Sonia Devillers dans l’instant M arrive toujours dans un temps très contraint à adresser un sujet aux contours compliqués avec un sens de la synthèse et de la pertinence qui m’épate. Cette interview était particulièrement intéressante, d'une part parce qu'elle arrive à faire émerger d'une cacophonie sans nom, un réel propos sur la dilution des clivages politiques, la relation des média au politique, mais aussi parce qu'elle ne lâche rien, Sonia, c'est la pugnacité même mais sans hargne. Sonia, embauche-moi, je veux faire de l'analyse média avec toi.

-        La newsletter de Titiou Lecoq. Je ne suis pas une grande lectrice de newsletters, je ne prête réellement attention qu'à « la minute papillon » qui parle de nutrition et de cuisine parce que j'y apprends plein de trucs. Mais le deuxième objet que je consulte réellement, c'est la newsletter de Titiou Lecoq du vendredi. Outre la compilation d’articles toujours bien choisis, je suis toujours impressionnée par la manière dont cette journaliste arrive à mettre en perspective, interroger le monde dans lequel on vit, avec engagement et humour, sortir des sentiers battus. J’ai l’impression d’être face à une femme profondément intelligente, curieuse, engagée mais qui pourrait être cette copine avec laquelle tu as envie de débattre de tout, tout le temps, tout en buvant du vin.   la preuve, elle vient de sortir un essai parfait sur le féminisme confronté aux tâches ménagères qui me parle particulièrement (je suis en train de le lire, c'est parfait, fouillé, drôle, engagé, didactique, bref je suis en mode fan).

-        Les introductions de Charlotte Pudlowski dans l’émission Transfert. Je crois que j’écoute de plus en plus Transfert rien que pour ces introductions. J’aime sa voix douce, ce choix des mots. Pour s’en rendre pleinement compte, il faut écouter le début de l’émission du 21 septembre 2017 où elle lit cette fameuse description de la tentation du suicide de David Foster Wallace. J’étais en voiture, ça m’a saisie.

Bon ce n'est qu'un bref aperçu car tous les jours, pleines de bonnes choses viennent nourrir mes yeux, mes oreilles et in fine mon cerveau. mais comme Daho vient de sortir un nouvel album et que j'ai écouté environ 25 000 fois cette chanson depuis, je déclare que je retrouverai la parole "après le blitz".

Allez cheers!


vendredi 24 novembre 2017

Les chansons dans l'autoradio


Photo par Delphine Chanet dont j'admire tellement le travail

Hello, voilà bien le titre le plus désuet du monde mais je suis dans une période mélancolique dont acte. Et puis on fête 3 ans de blog sans billet! Un bien bel exploit pour quelqu'un qui souhaitait écrire plus souvent et qui avait décidé de s'y mettre sérieusement... en 2014. Alors oui entre temps il y aura eu un enfant supplémentaire, un déménagement, un changement de travail, dix mille questionnements en mode "Qui suis-je? Où vais-je sinon dans le mur et lestée de 5 kilos en trop?", des achats compulsifs de livres jamais lus et des séances de yoga méditatives mais néanmoins sportives mais ça n'excuse pas tout...

Bref, pour repartir sur une note légère, je me suis dit que je me ferais bien une petite compilation des titres qui ont bercé mes trajets enfantins.

Pourquoi cette idée? La relecture d'une très touchante planche de Boulet + l'écoute de l'album "Sessions" de Sébastien Tellier qui comporte notamment une reprise de la Dolce Vita de Christophe + l'importance que mes enfants semblent porter au fonctionnement de la musique dans la voiture et ce, quelle que soit la longueur du trajet.

A la manière des parfums, les chansons que l'on subit enfant dans la voiture ont un goût d'éternité. Parce qu'elle sont lancées systématiquement à peine la clé tournée, parce qu'elles rythment des voyages un peu trop long, parce qu'elles sont synonymes de vacances, systématiquement commentées ou accompagnées de tentatives de chants et d'harmonises plus ou moins heureuses, parce qu'elles sont souvent jouées trop fort. Dans mon cas, il faut ajouter qu'il fallait attendre de rembobiner la cassette pour avoir une chance de les écouter une nouvelle fois? Il est donc difficile de ne pas les associer à la coupe au carré avec barrette, au sac Mickey en plastique transparent et à la banquette arrière de la 205 blanche, option wild eighties sans ceinture.

- "La Dolce Vita" de Christophe donc:  Un type qui chante des chansons sur Stéphanie de Monaco ("Allooooo Stéphanie, ne raccroche pas"), qui parle de son amour pour les smokings en satin ou les vestes de soie rose, de construire des marionnettes et qui compose des trucs aussi fous que les paradis perdus. Tel son crépuscule, quand tu as 8-9 ans, tu ne sais pas si c'est pour rire ou si c'est grandiose. Maintenant tu sais.



- "Avalon" par Roxy Music: les années 80 à leur apothéose. Bryan Ferry et sa voix de velours, le saxo, les nappes de synthé et en même temps la chanson la plus classe et la plus sensuelle du monde.


- Hotel California des Eagles: officiellement la bande-sonde la lune de miel de mes parents (avec Sailing de Rod Stewart). Ils en parlaient avec des trémolos dans la voix (étant désormais chargée de famille, je ne peux que compatir). Accessoirement, les paroles de la chanson étaient très étranges, laissant l'imaginaire fonctionner à fond. Peut-être que ma fascination pour la déliquescence et les dernières heures du mouvement hippie vient de là. Les drogues et l'ombre de Charles Manson rôdent dans les derniers couplets...






- "Gaby, Oh Gaby" de Bashung: inusable, parfaite, surréaliste. La chanson qui plaît à l'enfant qui n'y comprend rien (mais qui sont Wanda et ses sirènes?) mais trouve quand même super chouette cette petite mélodie sautillante et ces mots qui claquent.  "A quoi ça sert la frite si t'as pas les moules?" Tout est dit.  Ensuite viendront 10 000 chansons de Bashung que tu continueras à vénérer sans trop rien y comprendre.




- Tout Elton John: ici c'est très difficile de choisir, une compilation de 2 cassettes (folie! un double album, donc une double K7) a longtemps traîné dans la voiture. Sir Elton y était bien excentrique sur la pochette avec ses lunettes de soleil et son petit chapeau à strass et surtout n'y apparaissait pas le mystérieux Bernie Taupin qui pourtant cosignait quasiment tout. Aujourd'hui encore je ne sais toujours pas à quoi il ressemble. Alors bien sûr il y a Your song, Crocodile Rock, Don't go breaking my heart, Rocket Man... mais j'aime particulièrement Daniel grâce à laquelle j'ai pu exercer toutes mes compétences en anglais dès le plus jeune âge.



- "The world is stone" par Cindy Lauper: alors là on parle plus d'accident qu'autre chose. Pour être brêve, un trajet Toulon> Paris de 8 heures, 2 cassettes de 2 titres (autre folie du marketing musical des années 90!) dans la voiture. Autant dire que je connais par cœur chaque inflexion de la voix de Cindy Lauper alors que je hais littéralement Starmania (ne me lancez pas sur le concept de l'opéra rock, ce serait sans fin et ça a généré des trucs improbables comme la comédie musicale sur Mozart et l'assassymphonie). Pour info, la seconde K7 2 titres présente dans cette voiture fin août 1991, c'était (Everything I Do) I do it for you de Bryan Adams, qu'avec ma sœur, on trouvait follement romantique... Heureusement les goûts évoluent, même Bryan Adams a décidé de changer de carrière depuis.

- The City of New Orleans de Johnny Cash: mon père aime bien la country. Je ne sais pas vraiment d'où lui vient cette appétence mais c'est amusant de voir combien l'écoute de Johnny Cash, d'Emmylou Harris et consorts le met en joie. Je pense que plus que la danse en ligne et le port du Stetson qu'elle sous-tend, il est surtout sensible aux voix et aux destins brisés que cette musique charrie. On en a donc soupé des compils de country avec The most beautiful girl de Charlie Rich, Stand by your man de Tammy Wynette... On râlait un peu tant ça pouvait être parfois un peu monotone, mais au final, je pense qu'avoir autant écouté ces classiques ont modelé certains de mes goûts tant j'aime les premiers albums de M. Ward et Cat Power et de Ryan Adams.  J'aime  aussi l'idée de ces femmes puissantes que la musique country a pu faire émerger, ou encore l'idée d'une musique pensée comme un paysage. Et puis the city of New Orleans c'est quand même la principale inspiration de la meilleure chanson de Joe Dassin, "salut les amoureux"!


- Les albums de chanson corse: alors là c'est vraiment liée aux vacances et à ma grand-mère qui ponctue chaque chanson par un "oh mais quelle jolie voix" ou fait taper son pied sur le sol pour marquer le rythme. On sent qu'on va vers Nice prendre le bateau pour Bastia et qu'on est en août. Un album particulièrement a été usé jusqu'à la corde: Cuntrasti e Ricuccate des Chjami Aghjalesi avec cette si jolie balade, Nanna.  Ne l'ayant pas trouvée sur youtube, je repars sur les classiques.



- Suite logique, les chansons italiennes dont on est incapable de chanter les paroles mais qui sont si chouettes. Pas de snobisme là dedans, tout est bon à prendre de Lucio Battisti à Toto Cutugno, le tout c'est qu'il y ait une bonne ambiance seventies dedans et qu'on nous parle avec un accent suave.


Bon je suis restée sur les essentiels, je préfère vous éviter les chanteuses à voix et autres lubies qui heureusement n'ont eu qu'un temps. Dans mon cas, je me demande franchement ce que mes enfants retiendront de toutes ces écoutes en voiture, de la mélancolie c'est sûr (on a bien usé le Carrie and Lowell de Sufjan Stevens), de l'endormissement au son du Aventine d'Agnès Obel, des ricanements au sujet des Kids United, des enchaînements fous avec le Bohemian Rapsody de Queen, mais à l'heure où la musique dans toute sa diversité est bien trop accessible en permanence, la perte de la répétition jouera sûrement en défaveur de ces musiques madeleines.

Bon en même temps, ces temps ci ils sont à fond dans le disco... J'ai fait des enfants retro.

Cheers!


vendredi 19 septembre 2014

Arlington Park




Cette rentrée 2014 s'organise, pour moi, autour de plusieurs constats fortement domestiques:

1. Avoir un enfant à l'école = être dans l'obligation d'être à l'heure TOUS LES JOURS.


Déjà enfant, devoir se lever pour aller à l'école c'est juste l'horreur. Surtout l'hiver. Mais là, en tant que parent, c'est encore pire. Parce qu'on est en devoir, avec une rigueur et une régularité toute militaires, d'amener son enfant à l'heure sous peine de passer pour un mauvais parent et de jeter l'opprobre sur notre progéniture et sa descendance sur quatre générations. Impossible donc de passer outre ce satané "8h30" d'autant qu'on ne peut pas appeler ou envoyer un texto du style "J'arrive dans 5 minutes" (oui ce fameux texto que l'on envoie alors même qu'on sait pertinemment qu'il nous reste au moins 20 minutes de trajet). Pour les retardataires pathologiques comme moi, c'est un constat d'autant plus effrayant que cette situation va désormais se reproduire tous les matins durant un nombre d'années conséquent. 

2. Avoir deux enfants = être la cible publicitaire la plus déprimante qui soit. 


Quand on est en congé maternité, on redécouvre la joie des programmes télés à des heures improbables. On comprend d'un coup pourquoi l'émission Les Maternelles existe, à savoir:
- combler le temps entre le dépôt du premier à l'école et l'ouverture de la pharmacie pour acheter du sérum physiologique pour le deuxième
- donner à la jeune mère de famille la satisfaction de voir ce à quoi elle a échappé avec ces sujets tels que "Après mon accouchement, je me suis dédoublée" "J'attends des quintuplés".... Une thérapie  express contre le baby blues.
Bon oui, à cette heure ci, on peut faire autre chose qu'allumer la télé mais a-t-on vraiment la disposition d'esprit pour Guerre et Paix à 9h du matin? (D'ailleurs, je tiens à signaler que dans le métro, à la même heure, on croise plus souvent Guillaume Musso que Dostoïevski). Bref, à cette heure-ci, devant sa télévision, on prend bien conscience de son statut très enviable de jeune mère de famille vu que les marques et leur achat média très bien mené, nous le rappellent gentiment. Tu es une femme dans ta trentaine et tu as des enfants? Tu dois t'intéresser  au lait maternisé (ne culpabilise pas, toi aussi, tu lui donnes le meilleur), aux couches (regarde comme il sera heureux tout sec), l'homéopathie (des plantes, c'est naturel, c'est moins grave), les éditions jeunesse (oh regarde tu vas pouvoir l'occuper... et en faire un génie), les crêpes Whaou (n'oublie pas de le nourrir) et les pantalons increvables (toi aussi tu peux avoir un enfant de magazine, celui qui n' a pas l'air d'avoir fait la guerre quand tu le récupères à 16h30). Et puis, au détour de certaines publicités, on découvre les égéries improbables: Shakira pour Oral B. Hélène Seguarra pour des lentilles ("comme ça je vois mieux mon public")... Il y a aussi l'égérie un peu connue mais en fait non: le type qui joue le plombier dans Desperate Housewives pour le parfum Daniel Hechter (dans ce cas précis on peut parler de double peine: égérie anonyme pour marque tombée en désuétude). Bizarrement, ce n'est pas entre 9h et 11h30 que l'on tombe sur la pub pour le parfum Dior Homme avec son Robert Pattinson tout en oeillades de rebellou ou pour l'Iphone 5 ou encore sur les trentenaires cool et available d'Attractive World. D'une part, parce que, très basiquement, dans l'esprit de l'acheteur média, l'homme n'est pas concerné par ce créneau horaire (oh hein il travaille lui, il anime plein de réunions hyper importantes et son problème c'est de bien se raser en prenant un jet comme dans la pub Gillette). D'autre part, parce qu'on ne projette pas une grande envie de rébellion chez la mère de famille (à la rigueur elle peut rêver  d'acheter des fringues en ligne sur les 3 Suisses - notre gym créative matinale à nous, les femmes - faudrait pas trop qu'elle s'éloigne du domicile familial). 


3. Etre une femme = savoir casser les codes tout en étant un bon petit mouton.



Dans le domaine des parfums, ces temps-ci ce qui est important, en publicité c'est de tout envoyer balader, de s'affirmer. Message totalement paradoxal vu la standardisation et la logique de masse régnant sur le domaine de la parfumerie depuis quelques années. On voit ainsi Julia Roberts chez Lancôme briser les fils de cristal de ce monde de marionnettes (j'en appelle à Pierre Bachelet), Alicia Keys faire mollement tomber les "murs" d'or qui l'enferment pour incarner Dahlia Divin de Givenchy. Charlize Theron, comme d'habitude, se désappe pour Dior sur fond de London Grammar en grimpant littéralement à un rideau (grosse influence du Cirque du soleil ou des concerts de Pink, au choix). Chez Chloé, c'est Clémence Poésy qui incarne cette fille "différente", machine à fantasmes. Elle passe du coq à l'âne, fait du rock, embrasse goulument, puis se balade en robe de soirée sur les quais avec un sourire mutin ... mais frondeur (on comprendra que la fille Chloé ne prend pas des masses la ligne 13). Bref, tout ce petit monde envoie donc valser les conventions avec beaucoup de conviction et dit non à tout pour affirmer sa singularité. Evitons tout cynisme mais c'est quand même au final pour promouvoir des parfums qui sont bien peu singuliers. L'objectif de ces campagnes, rappelons-le, étant de pousser tout le monde à porter le même parfum le temps d'une saison... Si on y regarde bien, il n'y a que Cate Blanchett pour dire "Si" à tout dans la campagne de Giorgio Armani. Mais là on est dans le oui pour vivre la vie en grand (séduction, amour, émotion...) donc ça compte pas trop puisque c'est une forme de rébellion en soi (vivre pleinement, c'est refuser de vivre "petit" donc en gros renoncer à penser à ses impôts pour crier dans le vide en tenue glamour).


4. Se faire livrer les courses = vivre des moments très Curb your enthusiasm à un rythme quasi hebdomadaire.



En vrac : Dois-je donner un pourboire? Je vis au 3eme sans ascenseur, dois-je culpabiliser auprès du livreur  quand je le vois monter à l'article de la mort (mais en même temps je l'ai bien validé ce panier en ligne...)? La livraison est censée se faire dans les 2 heures, si je sors deux minutes acheter le pain, est-ce que ce n'est pas juste le moment où le livreur va se pointer? Des grands moments de solitude, vous l'aurez compris.


5. Etre temporairement une femme au foyer = croiser des adolescents, des vrais. `


Oui parce qu'ils sortent du lycée à 16h30 aussi... Alors bon je remarque des tendances, comment dire... intéressantes chez l'adolescent. Notamment, le port du t-shirt à message. On pourrait s'attendre à un finement envoyé "La guerre c'est mal" mais non, ces temps ci la tendance est au message auto-dévalorisant et fier de l'être. J'ai ainsi pu croiser le "French bastard" et "Modasse - Connasse". Je n'ai rien à ajouter sur ce point si ce n'est qu'en mon temps il y avait bien eu le fameux Don't touch (avec empreintes de mains sur la poitrine) qui était à peu près du même acabit. On assiste aussi à un gros retour de la No-name, genre de superga compensées qu'on pensait tombée dans les oubliettes de la mode pour de saintes raisons. Mais non, elle revient et elle est aussi laide qu'avant. Chose inaltérable en revanche, la tendance au mimétisme reste le grand classique de l'adolescent et c'est toujours aussi chouette à observer.  Par contre, clairement avec une poussette ou un bébé en écharpe, on se prend directement notre grand âge dans les dents quand on passe à côté d'une bande de clearasil.


Ou sinon le titre de ce post fait référence au livre totalement déprimant mais néanmoins bien de Rachel Cusk, Arlington Park.

Bon et puis parce que ce clip est une référence savoureuse à un des films de mon adolescence et que la chanson est bien, voici Iggy Azalea et son très bon fancy:



Allez Cheers!

vendredi 14 mars 2014

You always hurt the one you love



Ces temps ci je suis un peu triste. Quand on a lu trop de livres, vu trop de films et écouté trop de disques où le sentiment amoureux tient une place importante (mais attention, pas dans son versant mièvre), on a tendance à penser que l'expression pure et simple des sentiments est quelque chose de naturel, et en fait, on grandit et on se rend compte que parfois, non. Dans mon cas, je n'arriverai jamais à m'y faire. 

Bref, tout tient dans cette jolie scène du très déprimant Blue Valentine.



Et pour écouter la version originale et pleurer un bon coup:


Pas trop de cheers aujourd'hui...

lundi 16 décembre 2013

Une histoire de dose



A la manière de Chimène Badi, je peux fièrement déclamer "je viens du Suuuuuud". Mes parents en sont tous deux originaires (côté Est: Corse - PACA // côté Ouest: Toulouse, la ville rose), j'y ai vécu toute mon enfance, moins à l'adolescence, j'y ai toujours beaucoup d'attaches même si elles sont surtout familiales. Mais, pourtant, contrairement à notre chanteuse à forte voix, je ne suis pas sûre de pouvoir affirmer, sans ciller, que "par tous les chemins, j'y reviens". Ce n'est pas juste une histoire de teint peinant difficilement à bronzer, plus un état d'esprit.
 
Certes, la recherche du juste compensé constitue une de mes obsessions dès que le printemps pointe son nez mais je ne me sens pas particulièrement proche du caractère faussement bonhomme du Sud, des tapes dans le dos et de la sempiternelle question de l'apéro. Je ne me damne pas pour les productions de la mer, je ne nourris aucun rêve de piscine ou de grillades en plein air, je fuis l'enfer estival des villes du Sud, acheter un maillot de bain fait partie de mes drames annuels, je n'ai pas d'accent et le désert culturel qui peut régner en PACA a tendance à m'effrayer. Alors, oui bien sûr c'est réducteur comme approche mais cela me fait me poser de vraies questions quand je me retrouve face à des congénères qui ne jurent que par le fait "d'y revenir". Je me demande à chaque fois, si moi aussi, un jour, j'aurais véritablement ce besoin de retour.

Le rapport au territoire qu'il soit de naissance, d'adoption est toujours fascinant, il participe de la fantasmagorie personnelle, de ce que l'on pense faisant sens en soi. On se revendique comme venant d'ici ou de là, on se catalogue dans telle ou telle catégorie en fonction, or toutes ces origines, à moins de ne jamais sortir de chez soi, sont au final relativement superficielles. Heureusement, on n'est pas forcement pas le fruit d'un territoire.

Mais pourtant... pourtant, dans le fond, je me sens du Sud, c'est incontestable. Ce rapport ne se niche finalement pas dans un trait de caractère comme l'orgueil ou dans le matriarcat bien présent, mais dans un certain rapport à la lumière, à la mer. 

Nulle considération de voileuse dans mon cas, faire du bateau me barbe souverainement (de sombres histoires de sorties en optimiste en plein hiver durant toute mon année de CM2 ont achevé en moi toute envie de naviguer, si elle existait), plus une histoire de sensations: je suis une frileuse facile, j'ai besoin du soleil total, celui qui irradie, qui chauffe le corps, j'aime le mistral qui souffle, le bruit des vagues... Le bleu de la Méditerranée, les plages de Porquerolles, les ocres des criques pas totalement décimées par le tourisme, les pins et leur odeur si particulière, le chemin de la batterie basse, l'arrivée sur Ile-Rousse au petit matin, l'odeur du Maquis... tout ça peut paraître très banal tant tout être humain peut en effet avoir besoin de ça, mais ils sont pour moi constituants. Je ne me vois pas vivre sans. 

On a tous en nous ce territoire fantasmé, finalement une origine dépouillée de ses défauts. Pour moi, finalement, cet eden, c'est la mer tant je me rends compte combien tous les paysages où celle-ci est une composante essentielle m’émeuvent. La Pointe du Raz en Bretagne, les plages océanes du Cap Ferret, une vaste plage de sable noir en Islande, tous m'ont fait cet effet là. D'un coup, j'y prenais ma dose et je ne n'inquiétais plus de savoir ce qu'il y avait autour. J'aime l'idée que la mer soit ce paysage changeant, oscillant entre calme et tourmente, pouvant tout autant apaiser qu'inquiéter. Donc y revenir, certes, mais seulement là où, vraiment, je peux voir la mer.

Si une chanson parle particulièrement de ce rapport aux territoires qu'il soient géographiques ou émotionnels, c'est Brest de Miossec. Dont acte! (Oui, moi aussi, ça me bouleverse)


Allez cheers!

mardi 3 décembre 2013

Les voyages immobiles

Sebastiao Salgado, Big Horn Creek, Yukon Territory, Canada
























Hier je suis allée au concert d'Agnès Obel au Trianon. C'était bien sûr très beau, une formation ramenée à l'essentiel (un piano, un violoncelle, un violon), des harmonies de voix qui vous transportent et des chansons qui laissent entrevoir, sous l'apparente blondeur angélique, la noirceur. Si le costume de lumière d'Agnès Obel m'a rappelée qu'en matière de style et d'élégance, nous ne sommes bien sûr pas tous logés à la même enseigne (cette fille peut porter un costume blanc à la Elvis, être coiffée/décoiffée comme NKM sans paraître le moins du monde ridicule), ce concert m'a également rappelée combien les chansons, de manière générale, peuvent vous transporter, dans le temps, dans l'espace, traîner avec elles leur lot d'émotions. Une évidence, tant la musique peut nous faire pleurer, danser, communier... mais un rappel toujours aussi surprenant quand il vous prend de court.

Il faut savoir que mon fils de presque 3 ans écoute tous les soirs depuis environ 34 mois le premier album d’Agnès Obel. Au début, c'était surtout pour nous, mauvais parents, une aide à l'endormissement; les douces mélodies de Philharmonics semblaient avoir un effet très apaisant sur lui.  Puis il s'est pris au jeu, les réclamant le moment venu d'aller au lit. Si désormais j'associe cet album à l'ensemble de mes débuts de soirées depuis 3 ans, la chanson Brother Sparrow, elle, est liée à un instant très précis. Nous étions à Copenhague, et il venait d’attraper la varicelle. Maladie assez bénigne, c'est sûr, mais première vraie source de trouble pour moi, peu habituée à voir mon enfant souffrir autant tout en étant autant désarmée pour l'aider. Sa peau auparavant si jolie, si douce était recouverte de tous ces boutons, il semblait souffrir le martyre en dépit des baumes apaisants, des multiples douches calmantes. Le soir venu, les démangeaisons étaient encore plus intenses. La nuit était donc souvent agitée et je me souviens l'avoir souvent pris dans mes bras pour le rassurer en écoutant cette chanson. Le fait que nous soyons au Danemark à ce moment là (Agnès Obel est danoise), je ne sais pas pourquoi, a particulièrement ancré cette chanson dans mes souvenirs. De fait, quand je l'entends, je me retrouve transportée dans cette chambre qu'on nous avait si gentiment prêtés, serrant dans mes bras l'objet de mes inquiétudes, attendant que la fatigue fasse son œuvre, regardant par la fenêtre cet environnement étranger et du coup, un peu fascinant.

Il y a beaucoup de chansons, grandes ou petites, émouvantes ou non, qui me font réaliser ces voyages immobiles. Il y a les chansons liées à des souvenirs, quatre exemples:

> Rome de Phoenix (sur Wolfgang Amadeus Mozart) me fait penser à une petite marche solitaire que je m'étais octroyée à Tokyo. La nuit venait de tomber et je n'avais pas d'agenda précis si ce n'était de retrouver tout le monde un peu plus tard. Du coup j'avais une heure à tuer et pour déambuler à ma guise entre Daikanyama et Naka-meguro, ipod dans les mains. Rien de fou là-dedans, remonter des rues en solitaire, rentrer dans des petites boutiques de quartier, m'acheter un gâteau à base d'azuki (ma passion), bref, juste l'impression de m'approprier cet espace, d'imprimer dans mon cerveau mon propre voyage.

> La ballade du mois de juin de Benjamin Biolay et Chiara Mastroianni me ramène à une tentative ratée d'attraper un avion pour Rome. N'ayant rien compris aux heures d'embarquement de Ryanair, nous avions tout simplement loupé l'avion. Du coup, retour à l'envoyeur, nous avions du rentrer à Paris pour refaire le même trajet le lendemain. Cette chanson a accompagné ces nombreux allers retours avec vue défilante sur la campagne version Ile de France.

> Everybody's gotta learn sometimes de Beck, cette reprise, globalement très mélancolique a marqué un tournant dans ma vie amoureuse.

> Nude as the news de Cat Power me transporte directement en septembre 1996, j'arrive à Dakar pour 2 ans, armée de mon Inrocks de la semaine avec Neneh Cherry en couverture et sa compil intitulée "une rentrée 96". Comme le déménagement n'est pas encore arrivé, j'use ce cd jusqu'à la corde. Je lis 20 ans, je porte des adidas gazelles vertes et des t-shirts Petit Bateau col rond bleu marine. Je me dis que je dois absolument regarder Kids de Larry Clark et qu'il est temps que j'apprenne la guitare.

Et puis il y a les chansons qui vous font voyager dans des territoires émotionnels ou géographiques inédits:

> Walk on the wild side de Lou Reed me transporte dans la légende fantomatique du Chelsea hotel.

> Easter de Patti Smith me fait remonter les allées d'une église au côté de Rimbaud

> There is a light that never goes out des Smiths me confie le volant d'une voiture déambulant à toute vitesse dans le Manchester des années 80, et me fait vivre par procuration la plus belle et désespérée des déclarations d'amour.

Bon je pourrais continuer longtemps...  Donc pour terminer, on écoute les Smiths, on jette des lys en l'air et on pleure...


 Allez cheers!

mercredi 6 novembre 2013

Le syndrome de la bonne élève

Non je n'ai pas de petite obsession pour les films de Wes Anderson

J'ai beaucoup d'envies pour ce blog, pas des ambitions démesurées (ouhla non) mais au moins l'envie de me prouver que je suis capable d'aller au bout d'un projet. Mais c'est dur, je voudrais y écrire plus, y publier mes photos, tenter de construire un espace d'expression qui me soit propre mais je me heurte à mon défaut principal, la peur de l'échec. 

Si dans mon travail, je peux parfois être un peu jusqu'au-boutiste, dès que cela touche au personnel, j'ai plutôt tendance à lancer des projets avec beaucoup d'enthousiasme et paradoxalement à ne pas me donner les moyens de les poursuivre. J'ai tenté d'analyser pourquoi, et maintenant avec 33 ans de sage recul, je crois que je pense avoir compris pourquoi... Je m'interdis beaucoup de choses par manque de talent ou de prédisposition. C'est idiot je le sais mais j'ai trop peur du sentiment que l'épreuve de l'échec vous renvoie. 

Le souci d'aimer autant les gens talentueux, c'est qu'on se retrouve souvent écrasé par leurs facilités. Quand je lis un livre aussi virtuose que Pastorale Américaine de Roth, quand je vois les photos de Diane Arbus, les dessins d'Aude Picault, quand j'entends la voix de Chan Marshall, je ne vois pas le travail, je ne vois que la désarmante facilité de la passion, du talent. Je n'ai jamais eu la patience d'être une laborieuse, parce que j'ai toujours voulu être du côté des talentueux. Or si je pense avoir des qualités, je ne suis pas sûre d'avoir de talent particulier, si ce n'est le fait de porter la sensibilité à un altitude himalayesque.

Les rares moments où j'ai forcé ma nature, je me suis pris en pleine face le fait que ça ne marchait pas. Cela m'a toujours fortement affectée, je n'ai pas une confiance en moi telle qu'elle supporte d'être ébranlée par quelque échec que ce soit. J'ai eu quelques opportunités et rétrospectivement je me rends compte que je n'ai pas eu le courage de les saisir à cause de ça: ce sentiment de ne pas être légitime. 

Dans le même temps, j'admire les gens qui n'ont peur de rien, qui avancent seulement bardés de leur envie d'en découdre. Eux aussi en connaissent des échecs, mais cela semble glisser sur eux.

Alors j'ai décidé de me reprendre en main, d'être moins dramatique, moins sensible, de me heurter à mes limites, mais d'essayer de les dépasser un peu justement. Bref, avant de devenir la pro des relations sociales, je vais déjà ressortir le Leica M6 plus souvent (c'est fou d'avoir une Rolls pareille entre les mains et de ne rien en faire), écrire un peu plus, me réinscrire aux cours de dessins de la Grande Chaumière, y aller avec un peu plus d'assurance, tenter de me mettre plus souvent au premier rang et non derrière un poteau. Bref, sortir de ma chambre et assumer un peu d'être une mauvaise élève, parfois.





dimanche 13 octobre 2013

Tendre est la nuit

Victor Hugo - 1853

Bon voilà, j'en suis au point où je me couche tous les jours à 2h30 du matin. C'est un souci.

J'ai toujours eu une tendance à me coucher tard. Quand j'entends tard, c'est bien après minuit. Pendant des années, cela n'a jamais été un problème. J'ai fait mes meilleurs joggings en les enchaînant à des nuits blanches, appréciant d'être fatiguée, lessivée pour une vraie raison. Car dans mon cas, le sommeil ne peut être que lié à l'épuisement. La sieste? Une hérésie.

J'ai vu les plus beaux films, écouté les plus belles émissions de radio dans le silence de la nuit. J'ai dessiné, pris des bains, lu des livres, écouté mes disques, préparé des gâteaux, apprécié de voir le jour se lever sur la gare Montparnasse, tenté de retenir le nom des morceaux de Radio Classique, enchaîné les lancements de bouilloire et remplissage de theières, lu beaucoup de bêtises sur divers sites, fait du vélo pour le plaisir de dévaler à toute vitesse la rue Saint Sulpice déserte puis remonter en zig-zaguant la rue du Cherche-Midi.

Ce que j'aime dans la nuit, c'est son silence, son calme, l'impression qu'elle donne qu'on peut s'extraire du poids du quotidien, s'adonner à ce que l'on a vraiment envie de faire. La nuit est propice aux projets, aux envies. Parce qu'on ne doit pas faire de bruit, éviter les lattes du parquet qui craquent, la nuit appelle l'intimité, le recentrage, et au final l'égoïsme. C'est le seul moment où la présence des autres n'est qu'une politesse. 

Dans la solitude de la nuit, on peut décompter ses comparses en regardant les lumières tardives dans les immeubles qui nous font face. On peut veiller sur le sommeil de ceux qui nous sont chers, les contempler au moment où ils se sont le plus abandonnés. 

La nuit est addictive et c'est bien là mon souci. Il suffit que je passe quelques jours chez mes parents sûre d'avoir un relais le matin, que je sois seule sans enfant pour le week end et les mauvaises habitudes reprennent. Je zone, commence à classer des choses, esquisse des projets en tout genre, ouvre un nouveau livre, lance un nouveau dvd... et  je m'endors heureuse au petit matin, contente de ne pas avoir perdu mon temps. Malheureusement, je ne suis plus étudiante depuis longtemps, je travaille, j'ai un enfant, ma capacité d'insomnie sans souci s'en trouve donc fortement réduite. Se réveiller tôt, enchaîner les journées marathon, tenter de faire du sport régulièrement, sortir, essayer de garder un semblant d'intérieur, ce n'est pas très compatible avec le fait d'enchaîner les nuits blanches. Bref, je fatigue, je m'épuise.

Chaque semaine, j'essaie de me dire que désormais je vais me coucher tôt. Je me fixe 23h, à minuit, je suis encore en mouvement, à minuit 30, je culpabilise, à 1h je me dis "en même temps, maintenant....". S'astreindre à se coucher "tôt", c'est abandonner trop de choses pour moi, c'est accepter d'avoir vieilli, ce qui ne me met pas en joie, et c'est surtout accepter l'ascendance, la domination de la vie réelle sur la vie rêvée, la fantaisie, l'imagination, la poésie, la solitude. Comme si, en plus de réduire tout type d'ambition en moi, de me confronter constamment à mes limites en me disant "tu vois?", la réalité m'interdisait également d'être moi.

Bref, qu'on me rende ma nuit blanche.


Allez cheers!

mardi 17 septembre 2013

Dance and cry

Phoenix par Hedi Slimane

Le dernier album de Phoenix m'avait laissée un peu sur ma faim. Un premier single certes très accrocheur (Entertainment), une chanson parfaite (Chloroform) mais des titres dans l'ensemble un poil trop produits, saturés de synthés volontairement cheap qui, pour moi, transformaient leur délicieuse pop mélancolique en vaisseau légèrement agressif. Où étaient passées le slow californien de Honeymoon? Le funk chaloupé de (You can't blame it on) Anybody? L'émotion qui vous étreint sur Rome? La promesse de One time too many. Si Bankrupt s'inscrivait certes dans la droite lignée de Wolfgang Amadeus Phoenix, il poussait dans ses retranchements l'harmonie sur le fil trouvée alors. 

Mais quand on aime tant un groupe, difficile cependant de s'avouer qu'on aime "un peu moins" un album. Alors on cherche, on attend...

C'est à cet instant que la Blogothèque sort ce formidable Take away show de 20 minutes qui nous embarque écouter Phoenix au plus près, dans un avion, dans le parc du Château de Versailles, sur une barque puis dans un jardin. Et c'est ce "au plus près" qui permet de rappeler pourquoi ce groupe est tellement important. Qu'au-delà du cool qu'ils incarnent, il y a cette imparable maîtrise de la chanson qui réussira à vous faire danser en pleurant. 

Les mélodies épurées de la production omniprésente de l'album retrouvent leur charme initial; la réalisation par ses manières subtiles de saisir un regard, une attitude, de jouer sur le décor à la fois grandiose et champêtre de Versailles redonne aux chansons l'humilité et l'innocence qui nous les fait sentir si proches de nous.




Allez cheers!

mercredi 11 septembre 2013

Too many, too much and not enough

C'est la minute "ma vie"
C'est amusant et légèrement déprimant combien une vie peut se construire sur le principe de l'accumulation. Livres, vêtements, idées, envies, disques, projets, ambitions, désillusions, bougies parfumées, mugs, reproches, enthousiasmes, empilement qui mêle bon comme mauvais, matériel et immatériel.

J'essaie de décoder d'où vient ce terrible besoin d'accumuler:
- d'un point de vue très matérialiste, parce que j'aime être entourée de belles choses. je suis la victime du "plaisir des yeux" qui se transforme rapidement en "je le veux!" puis "comment l'avoir?" (et pour pas trop cher, parce qu'en plus de ça, je trouve le jeu de la débrouille palpitant).
- parce que c'est dans mes gènes. Il suffit de voir la maison dans laquelle j'ai grandi pour comprendre que le mot dépouillement ne fait pas partie de la grammaire familiale.
- parce que j'ai un esprit boulimique. Un sujet en amène un autre, une envie est liée à une autre. La curiosité est un vilain défaut, ça vous pourrit une vie intellectuelle (et un lieu de vie) en vous donnant des objectifs irréalisables: avoir tout lu, avoir tout vu afin de tout comprendre de la Matrice.
- parce que j'ai l'impression que toutes ces choses accumulées parlent pour moi, qu'elles me racontent ou plutôt qu'elles racontent le désordre et le fourmillement qui règnent dans mon cerveau sans que j'ai besoin de le formuler à voix haute. Pour les timides, s'exposer ça économise les mots.

Dans le même temps, si j'aime que les lieux soient habités de la vie intérieure des gens (un appartement sans livre ou sans disque me terrorise), parfois, je me sens dépassée par ce qui m'entoure. Pourquoi avoir 25 affiches d'expo encore roulottées, pourquoi vouloir encore faire l'acquisition d'un nouveau manteau bleu marine,  pourquoi ne pas terminer la pile de 10 romans commencés en même temps avant d'en acheter un nouveau...?

Peut-être est-ce le besoin de s'attacher, de dépendre de quelque chose. Ce qui me pose souci c'est qu'on dit souvent avec raison qu'il ne faut pas devenir esclave de ses possessions, qu'elles vous empêchent d'être libre de vos mouvements: tout devient compliqué, on a peur de les laisser. Et puis, ça entretient la frustration (on commence des to do, to buy, to throw list qu'on ne finit jamais). Bref, ce n'est pas de tout repos.

Comme c'est le temps de la rentrée, j'ai donc pris des bonnes résolutions. Essayer de pouvoir prendre un livre sur une étagère sans faire tomber 3 appareils photo, 2 vases et  100 000 bibelots en tout genre, en fait partie. Renoncer à l'acquisition de tous les totebags de la terre également. Ebay et leboncoin, vous allez souffrir!

C'était vraiment très intéressant.


 Allez cheers!