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vendredi 23 mai 2014

Le normcore, vrai ou faux retour des années 90?




Il paraîtrait que les années 90 reviennent en force. L'esthétique Normcore tout ça, tout ça. Bon c'est vrai que, ces temps-ci, si on entre dans un H&M, l'apparition d'un sac banane parmi toutes ces propositions à base de nylon, de mom jeans et de cropped-tops ne serait finalement pas si surprenante. Mais bon... je trouve que c'est plutôt amusant de voir la manière dont le marketing et le massmarket n'ont bien voulu retenir (sciemment ou non) qu'un certain aspect des nineties, le versant le plus coloré et le plus décomplexé, alors même que cette période est surtout, pour moi, liée à une esthétique très particulière, pas pop pour un sou.

Dans mon souvenir, si les années 90 doivent être placées sous le signe d'une couleur, ce serait le gris. Pas un gris perle, doucereux, non, un gris béton, acier.  Pourquoi? Parce que c'est une période où cette couleur et le sentiment qui l'accompagne ont connu leur apogée.  

Une époque qui parce qu'elle succédait à une ère d'hédonisme important (les années 80 et l'avènement de l'argent, du consumérisme mais aussi d'une certaine vision du fun) se devait d'être en apparence plus simple mais aussi plus grave. Le capitalisme s'était certes imposé mais le sida, l'émergence des problématiques environnementales et la crise étaient passées par là. 

L'omniprésence de l'argent y est devenu paradoxale: son culte reste bien présent mais son accession ne se vivra désormais plus de la même manière; sortant d'une dynamique outrancière, il devra désormais faire voeu de discrétion, de simplicité voire de chasteté et surtout regarder vers le futur. Les champs de spéculation du coup se déplacent; investir dans le cérébral (quitte à finalement l'appauvrir), le politique, le "beau"... Et c'est ainsi que le domaine de l'art contemporain devient le nouveau terrain d'expression de la richesse. 

Dans la mode, la décennie 90 se traduit pas une esthétique minimaliste et par la montée en puissance des designers new yorkais (New York, capitale financière du monde) et japonais, la suprématie de l'épure et l'émergence des corps androgynes, des tissus hybrides et des matières techniques. Le vêtement n'est pas là pour mettre en spectacle le corps, faire qu'il se démarque mais pour l'accompagner (d'où l'appropriation progressive des matières techniques issus du monde sportif), se fondre dans la masse puisque riche ou pauvre, tout le monde se doit de faire profil bas.


Cela donne Eres qui découpe ses maillots au laser, le lancement d'un parfum unisexe mythique (CK One) et son flacon volontairement sans prestige,  les créations de Donna Karan, les pubs de Miu Miu ou de Jil Sander où l'essence de l'élégance se trouve dans une paire de mocassins, une chemise blanche ou un col roulé noir. Les icônes de cette époque sont à chercher du côté de Gwyneth Paltrow, de John John Kennedy et Carolyn Besset, Kate Moss, raie sur le côté, queue de cheval basse et blond bébé à la clé. Les packagings de Muji ou de Shu Umera sont portés aux nues. Transparence et monochromie sont les maîtres mots. 

Côté maquillage, c'est le règne du nude, on veut des paupières doucement irisées, un teint pâle, des sourcils nets. Seule la bouche reste un terrain de jeu (grande époque du gloss). L'essentiel c'est d'être le plus clean possible, le moins artificiel mais pas pour autant le plus sain. On est en effet très loin des préoccupations écolo et de la fit attitude, la chimie est reine (il n'y a qu'à voir combien le fait de voir affiché toute la composition des produits Kiehl's ne fait alors peur à personne), le corps sous contrôle également. La mode européenne est envisagée comme un enfant terrible car justement elle essaye de préserver une dose d'érotisme; mais pour pouvoir être pertinent dans cette époque maussade, cet érotisme ne doit pas se fonder sur un rapport ludique au corps, il doit être conquérant, signifier le pouvoir et structurer le corps (Alaïa, Versace, Gaultier).


Bref, quand je regarde le soit-disant revival qui hante nos magazines, je ne retrouve pas forcement ces influences là mais plutôt la traduction adolescente des années 90 (la série Beverly Hills, le film Clueless, l'esthétique MTV...).  Alors oui bien sur, les jeans taille haute, un poil trop délavés, les gilets de serveur en velours ras, les chaussures à bout carrés et à semelles trop épaisses ont eu la part belle dans ces années là, bien sûr qu'on ne peut voir cette période qu'à travers le prisme de la crise. 

Mais réduire les années 90 à cette proposition colorée et soit-disant décomplexée, c'est vite oublier que sous couvert de recherche d'une certaine normalité, les années 90 correspondent avant tout à l'entrée du monde dans la dépression moderne. Dans les pubs, sur les podiums, on ne sourit plus.

Bon heureusement, dans les années 90, il y aussi eu beaucoup de bonne musique. Donc on profite de la pompe ambiante 2014 pour écouter The Courtneys. Allez cheers!


jeudi 10 avril 2014

Wishlist #5: la panoplie de l'été

 

Ouhlala mais le soleil est revenu! Les pieds crient leur envie de liberté, le corps réclame sa photosynthèse et les origines sudistes prennent le dessus. J'ai donc de nouvelles obsessions: 

> Je veux une veste chinoise indigo comme celle que beaucoup d'hommes en portent en Corse (je n'ai jamais su la raison si ce n'est que, pour moi, ça constitue l'uniforme des vacances). Je m'en veux un peu parce que j'en avais une, adolescente, dont je me suis débarrassée un jour, en me disant que de toutes manières, je vivais désormais au pays du grand froid (Paris). Mais cette petite chose qui se délave (indigo dilemne) immédiatement (en gros dès la sortie de la boutique, tu ressembles à un schtroumpf) est particulièrement difficile à trouver. Elle existe souvent seulement pour les hommes donc dans un format 10 fois trop grand (tu ne ressembles à rien dedans ou si à un bagnard) ou en version trop sophistiquée (avec des petits détails pas beaux qui visent à montrer combien elle est chinoise). Or moi je veux la basique de chez basique, celle que tu vas devoir plonger dans deux grands bain de vinaigre en espérant qu'elle dégorge tout ce qu'elle a à donner... Je ne désespère pas de la trouver mais je sens que ça va être compliqué...



> Je veux également des espadrilles mais je veux qu'elles soient un peu sympas parce que bon l'espadrille basique, c'est quand même pas l'eldorado du glamour. Et donc cela signifie qu'il faut y ait au moins un peu de paillettes dessus. Ce modèle Arsène semble d'un prix relativement raisonnable (30 euros), et surtout y a de la paillette et du rose!!! Bon ok c'est pas du cuir, c'est de la toile mais c'est un peu l'essence même de l'espadrille d'être en toile...




> Je veux un chapeau en paille: bon je veux pas un panama, ça ne me va pas trop et tout le monde en porte dès que le soleil pointe son nez. Non moi je veux cette petite merveille qui vient de chez Maison Michel autant dire que c'est hors de question (d'autant plus que ladite merveille est issue d'une ancienne collection). Mais, pour le plaisir des yeux, observons la de plus près: oh du liberty Capel bleu marine! Oh regardez ce cannage comme il est délicat et comme il protège à peine! C'est ça le luxe: l'inconfort et les coups de soleil mais avez style!




> Je veux des lunettes de soleil: alors oui j'aurais pu aller vers un modèle basique, un solide, des Persol (qualité, solidité, écaille sombre et classe innée) mais bon là encore, le combo été//je suis la reine du minimalisme ne va qu'aux filles aux grandes jambes qui peuvent se permettre de porter le cheveu wet (là où sur toi, on a juste l'impression que tu as les cheveux gras). Bref, en termes de lunettes, dans mes rêves, je choisirai cette paire totalement girly de chez Miu Miu (mais en rouge).




Voilà, à défaut de pouvoir satisfaire toutes ces envies très matérielles, régalons nous de ces saveurs d'été qui arrivent...



Allez cheers!

mercredi 19 mars 2014

Dirty dirty hipster


































Voici une image tirée de la nouvelle identité publicitaire de la marque Alain Figaret. Quand j'ai vu cette affiche dans la rue cet hiver, je me suis dit que vraiment la publicité tombait parfois complètement à côté. Alors oui, le jeune homme est pas mal, la photo réussie, le noir et blanc assez léché, mais pitié.... pourquoi cette marque est allée se fourvoyer dans le recyclage de la figure un peu pénible du hipster à barbe??? 

Je vois tout à fait le brief de départ donné à l'agence: Alain Figaret, marque de chemises de qualité, a besoin d'un bon coup de frais; aujourd'hui son public se compose d'hommes de cinquante ans assez classiques qui portent facilement un pull rose noué sur les épaules. Pas tombé dans la désuétude de Façonnable, pas dans le public d'Eden Park et pas aussi abordable que Café Coton, Alain Figaret se fait petit à petit concurrencer par des marques ultra-classiques mais plus jeunes telles que Vicomte A. Bref, il est temps de regagner des parts de marché, de rajeunir la cible d'autant que rebondir sur le retour à un certain classicisme dans la mode paraît être une opportunité intéressante (cf. le retour de la Barbour, des mocassins docksides Sebago, les cols claudine, les pulls pur shetland, les chemises bien repassées aux coupes droites et rigoureuses, les cartables Filson...). 16eme arrondissement de Paris, tes codes ne font plus peur à la foule branchée du 11eme arrondissement. Bon, on en est pas encore, quand même, à s'afficher avec un mini sac à dos Longchamp pliable rose mais mais...

Bref, j'ai moi même des vieilles chemises Alain Figaret (mon côté jeune fille qui a connu l'uniforme de pensionnaire) et c'est vrai que leur coton est beau, qu'elles sont bien coupées et ont su résister au temps qui passe avec élégance; du coup je me dis qu'en effet, il y a quelque chose à faire pour que cette marque retrouve un territoire un peu plus tendance, qu'elle séduise un public plus jeune. D'autant que d'autres ne se privent pas de vendre à prix d'or un savoir-faire "made in France" qui s'appuie un peu trop sur l'image et pas vraiment sur la réalité de leurs productions.

Je trouve toujours excitant d'assister au renouveau créatif et publicitaire d'une marque. La dernière en date qui m'a marquée, c'était Rodier. Voir cette marque s'épanouir sur un nouveau territoire tout en gardant ses pieds ancrés dans son savoir-faire, c'était amusant et puis très réussi. Il y a d'autres exemples comme Carven, Kenzo voire même dans un autre style le revirement assez Slimanien de de Fursac.Toutes ces marques ont su lier un nouveau style à une nouvelle image. Ils ont su s'approprier les tendances mais pour en tirer une nouvelle proposition. On sent que Lacoste essaie également de faire ça depuis le passage de Christophe Lemaire mais le manque de répondant en boutique fait que cela ne fonctionne pas tout à fait. Petit Bateau, quant à elle, tente des choses intéressantes mais entre les collaborations qu'on ne comprend pas toujours (Christian Lacroix?), la réutilisation permanente et en flux tendu de ses gimmicks iconiques, là encore le potentiel d'amélioration n'est pas complètement exploité.


Mais alors pourquoi, dans le cas d'Alain Figaret, face à un brief a priori intéressant, la réponse se révèle-t-elle aussi tristement paresseuse?

Quand je regarde cette publicité, j'y vois tous les clichés de la marque qui cherche à draguer le trentenaire parisien à tout prix: 
- On va mettre un barbu parce que la barbe c'est comme le barrista, c'est désormais incontournable. Portland meets Paris en un seul visuel.
- Pour la campagne, on va lui mettre un nœud pap, trop swag, en plus, on peut rebondir sur la tendance Stromae et taper large dans l'imaginaire.
- Notre barbu se fiche des codes, il est un peu métrosexuel mais pas trop (il a des rides, il accepte ses rides), il se balade en tuxedo en plein après-midi parce que voilà, c'est ça la classe....
- On va mettre notre barbu sur un skateboard parce qu'aujourd'hui, si tu vas place de la République tu vois tous ces jeunes pères créatifs qui tentent de renouer avec leurs 15 ans (de manière un peu pathétique) en faisant des flips un peu loupés... Et puis le skate, c'est la rebellion... L'invoquer c'est induire le fait qu'on sorte des sentiers battus, qu'on s'affranchit de tout (et du code de la route surtout) et là tu vois en quoi l'agence s'est clairement fourvoyée: être rebelle, c'est faire du skate rue de Rivoli, le long des Tuileries, c'est sûr que là on est pas dans Wassup Rockers ou dans Paranoïd Park... On a bien envie de les mettre devant le très intéressant documentaire sur la manière dont la contre-culture skate s'est emparée de New York, Deathbowl to Downtown et combien elle a souffert de la gentrification progressive de la ville.
- On pourrait se dire que ce n'est qu'une erreur mais non, si on regarde la totalité du look-book (que je vous épargne ici) on retrouve notre barbu portant péniblement son vélo (bon là clairement il y a eu erreur, parce que le barbu, le vrai, porterait un fixie or là, il y a des freins, peut-être y a t-il eu un problème de stylisme vélo le jour du shooting??? Je m'interroge).
- De même, notre barbu porte des bretelles, marche toujours hors du trottoir, se couche négligemment sur une fiat 500 vintage; autant de signes qui pourraient tous finir dans "Où est le cool cette semaine?", la rubrique totalement vaseuse des Inrocks.

Ahhhh, ça pourrait durer des heures...

Cela me fait un peu de la peine de taper comme ça sur Figaret alors qu'il y a clairement bien d'autres méfaits publicitaires plus graves commis chaque jour (on parle de l'agro-alimentaire?) mais là cette publicité m'a vraiment fatiguée, je me suis dit qu'on ne poussait pas les annonceurs à être créatifs et que c'était dommage... On croit qu'une publicité va fonctionner, va pousser à l'identification parce qu'elle accumule les codes aspirationnels. Mais non, les publicités qui fonctionnent le mieux sont celles qui, finalement, ne sont pas saturées de codes balisés, celles qui savent s'affranchir et créer justement de nouveaux émules. Je me demande si, dans les prochains visuels, notre barbu se retrouvera adossé à un buffet scandinave, dégustant un latte affublé d'un beanie.

Allez cheers! Je vais boire un bubble tea matcha en écoutant Sonic Youth (enfin, non ça c'est dans mes rêves, je vais aller travailler).


mercredi 19 février 2014

Wishlist #3: Lara Melchior pour & Other Stories


A quelques exceptions, c'est assez rare pour moi d'aimer les bijoux modernes. Ma maman m'a souvent donné des bijoux à part, originaux, pas forcement toujours à mon goût mais toujours anciens, nourris d'une histoire. Et puis j'ai eu la chance, petite, de fréquenter par intermittence l'atelier d'un de ses amis bijoutier, ce qui m'a donné le goût du travail bien fait, du savoir-faire de l'artisan. Du coup, si je peux bien sûr trouver les bijoux fantaisie amusants, jolis, je me rends compte que, sur la longueur, je reste le plus souvent attachée à mes basiques et aux précieux. 

Et puis Lara Melchior est arrivée. Cette jolie créatrice (qui s'habille d'ailleurs avec beaucoup de goût) signe de très beaux bijoux, en toute petite série mais à des prix malheureusement très peu atteignables. Son style est assez intemporel. En regardant ses créations toute en finesse, ses bagues façons nid d'abeille, ses feuilles de ginkgo, ses médailles frappées, je n'ai pas l'impression de me retrouver face à un bijou à la mode, déclinable à l'envie, mais à un travail unique de création, une proposition d'artisan.

Quand j'ai appris fin d'année dernière qu'elle allait réaliser une collection capsule pour & Other Stories, j'ai fait une petite danse intérieure devant mon ordi (malheureusement difficile de partager ce genre de joie avec une personne autre que moi-même), puis j'ai guetté, guetté...J'avoue que j'avais un peu peur, (je n'ai jamais été complètement séduite par les propositions de l'enseigne) mais la collection est arrivée et badaboum (!) j'y retrouvais tout l'esprit de Lara Melchior et ces visuels si élégants donnaient envie de tout.

J'ai donc fait main basse sur quelques petites choses en décidant que je pouvais bien me faire mon propre cadeau de St Valentin (même si dans les faits, je ne la fête pas...)...Le choix fut rude mais je n'ai qu'un mot à dire: je suis TROP contente.

Si dans la seule boutique de & Other stories à Paris, tout est déjà bien vendu, les petites malignes iront se fournir directement sur le site!

Allez cheers!

vendredi 10 janvier 2014

Wishlist #2: les chaussettes en lurex ou dites "à paillettes"



Les chaussettes scintillantes ont débarqué dans mon existence en 2001 quand Vanessa Bruno les a lancées dans ses collections. A cette époque, entre le mythique cabas à paillettes, les hauts asymétriques, les vestes roses irisées et les chaussettes assorties, on sentait bien que la créatrice projetait sur la féminité une inspiration plutôt liée au Studio 54 qu'à Lars Von Trier. Heureusement H&M a rapidement décidé de copier les fameuses chaussettes ce qui m'a permis de goûter, à moindre prix, à cette délicieuse expérience de l'accessoire qui râpe mais qui en jette.

Depuis le Michael Jackson qui sommeille en moi trésaille de joie plus ou moins régulièrement lorsque cet obscur objet de mode revient dans les bacs de son Monoprix. La boutique Merci dont le bon goût n'est plus à démontrer les a réinterprétées en rouge corail et à côtes (joie), et en plus elles sont en solde. Bon oui 17.50 euros, c'est un peu cher payé pour 59% de coton et 90% d'inconfort assuré mais, youpi, je vais pouvoir prolonger l'effet Debbie Harry du pauvre.



 Allez cheers!

vendredi 20 décembre 2013

Wishlist #1: le pull marine


Il est beau, il est bleu marine, il est signé Chloé.

Il coûte 700 euros

Voilà quoi. On se contentera donc seulement de sa version chantée.



Damned!

vendredi 6 décembre 2013

Vestiaire iconique #5 : La marinière de Charlotte



On peut gloser longtemps sur le style de Charlotte Gainsbourg et il y a de quoi. Sans grand effort, elle arrivera toujours à incarner cette espèce de chic négligé vers lequel n'importe quelle fille aimerait tendre. 

Pour ma part, je crois que l'image la plus forte que j'ai d'elle vient de l'effrontée de Claude Miller, notamment parce que dans ce film, sa "beauté" n'était pas encore vraiment fixée: les longues jambes qui ne sont pas encore envisagées comme un atout, les rondeurs de l'enfance concentrées sur un visage le plus souvent souvent boudeur, le regard buté, la voix qui susurre la plupart du temps et qui déraille lorsqu'il s'agit d'exprimer le trop plein, les tâches de rousseur qui disparaîtront, les grands bras d'un corps qui n'a pas encore trouvé son équilibre et puis les traits qui changent lorsque passe celle qui incarne un idéal de fille. Quand je regarde mes photos d'adolescente, j'ai à peu près le même ressenti: physiquement tout est là et en même temps rien n'est défini, ce n'est qu'un brouillon.

Le style du personnage dans le film est à l'image de ce qu'est l'adolescence, même si désormais les marques de prêt-à-porter tentent de nous faire croire le contraire: une valse hésitation entre l'état adulte (robes fleuries, talons) et l'état d'enfance (baskets en toile, pulls trop grands). Seul élément de transition entre les deux, la marinière. 

La force du tricot rayé c'est qu'il convoque tant les costumes de l'enfance, l'envie de se déguiser en petit marin, que l'ombre de la féminité, la coupe faisant apparaître la finesse des poignets, la délicatesse du cou. C'est un vêtement unisexe, qui appelle au voyage. Confortable lorsqu'il n'est pas bardé de stretch (horreur) et qu'il conserve ses émanchures légèrement trop amples et sa base en trapèze, pouvant se porter en hiver comme en été. Bref, s'il ne devait rester qu'un seul vêtement dans mon armoire, ce serait celui là, même si le fait qu'on le voit partout me hérisse.

Bon et puis, s'il y a une seule manière se remémorer ce film c'est quand même d'user jusqu'à la corde Sara perche ti amo, hymne de l'été 85 (que serait l'été sans une chanson italienne?).

Allez Cheers!

jeudi 7 novembre 2013

Maquillage iconique #1: les paupières fardées de Christina Ricci



Dans Buffalo 66, Christina Ricci joue Layla, une jeune danseuse qui accepte de se faire kidnapper par le torturé et tortueux Billy (sublime Vincent Gallo). Durant tout le film dont l'action court sur une seule et même journée, Layla traîne littéralement sa dégaine de babydoll de fortune: sandales à paillettes, robe clairement trop courte et trop décolletée, lèvres glossées, courbes charnues et chevelure blonde de poupée. Un ersatz miniature d'une créature Fifi Chachnil. Pourtant derrière l'allure de pin-up, l'enfance n'est pas loin: des collants trop clairs, la peau laiteuse, les joues rebondies que l'on a envie de mordre, une démarche tout en trébuchements et surtout un maquillage de petite fille qui aurait joué avec les pinceaux de sa maman. 

Derrière ses paupières fardées de turquoise, rehaussées de paillettes, ses sourcils dessinés au crayon, les yeux de Layla se languissent, dégoulinent d'amour pour Billy. Docilement, Layla suit, attend, se plie avec douceur au plan de Billy "by now, you pretend to be my wife, you adore me, you love me, you cherish me, Jesus Christ, you can live without me". Peu à peu le jeu devient réalité, il faudra du temps à Billy pour se rendre compte que lui aussi n'attendait que ça, que des bras aimants, finalement, l'étreignent.





Allez cheers!

jeudi 3 octobre 2013

A.P.C : Authentique Possibilité de Compulsion



Entre A.P.C et moi, c'est une longue histoire d'amour. Elle démarre en 1996-97 alors qu'adolescente au Sénégal, je dévore chaque mois le magazine 20 ans. On y trouve les articles les plus drôles (dont je n'arriverais jamais à trouver l'équivalent) mais aussi de belles séries de mode orchestrées par Emmanuelle Alt avec des photos signées Mark Borthwick. Ce sont les années 90, donc y célèbre le grunge mais aussi une certaine idée du minimalisme chic.

Comme je n'ai pas l'accès physique aux boutiques qui me plaisent et encore moins le budget de mes envies, je découpe frénétiquement les images des vêtements qui me parlent, des photographies qui incarnent l'idée que je me fais de la beauté. On y trouve beaucoup le beau visage tâché d'Angela Lindvall dans les pubs Miu Miu, les gazelles bleu layette de Kate Moss, les t-shirts bleu marine Petit Bateau à l'encolure ronde, les vestes masculines d'Isabel Marant qui débute tout juste, et surtout le jean brut d'A.P.C. avec son revers bardé d'une ligne rouge. Un denim foncé, parfait, un jean de "grande" qui permettrait de résoudre tous mes problèmes de fille à qui les 501 ne vont pas...

Débarquée à Paris, A.P.C est devenue très rapidement ma marque de référence. Le jean rêvé s'est révélé ne pas m'aller du tout ce qui ne fut pas le cas du reste ... Cabans marine, vareuses, bottes camel parfaites, t-shirt à rayures, robes trapèze... A.P.C propose une mode juste qui, en dépit des années, correspond toujours à mon corps là où d'autres me font sentir grosse, mal foutue. La rigueur des coupes, le côté intemporel des propositions parlent à mon passé d'ancienne collégienne en uniforme. Et puis il y a cette adresse, "rue de Fleurus", où j'ai vécu brièvement plus petite. Lorsqu'elle existait encore, se rendre à la boutique d'alors relevait du pèlerinage, jardin du Luxembourg et glaces de Christian Constant en toile de fond. Aujourd'hui ne plus cette adresse sur les étiquettes me désole un peu mais la plus austère rue Madame a pris le pas.

Gia Coppola & Sam Freilich shot by Bruce Weber (winter 2008).

Pour mon budget d'étudiante, la section musicale d'A.P.C (Manifeste) développait des produits amusants à prix accessibles. J'ai gardé de cette époque un foulard à guitares, des bracelets en cuir, un long ruban tissé pour mes clés de vélo, un fouta et le souvenir de leur première huile d'olive au packaging épuré. Au fil des années, la marque a peu bougé même si on peut déplorer une progressive hausse des prix. Toujours cette apparente simplicité qui fait que je me glisse dans ces vêtements sans trop me poser de questions, je sais que je vais être bien. Les propositions décalées chez A.P.C sont toujours de bon goût, le lurex, le léopard  toujours contrebalancés par une coupe, un motif qui font que vous ne ressemblerez pas un arbre de Noël. Somme toute, A.P.C vous donne une solide base pour composer avec d'autres.

Et puis il y a tout ce qu'A.P.C convoque. Derrière les robes de mormone que j'affectionne, il y a ce côté légèrement snob qui fait chanter ensemble Mondino et Sofia Coppola, distribue en dvd un court de Zoë Cassavetes, demande à Debbie Harry quelle est la musique qu'elle écoute à ce moment précis, publie des catalogues signés Venetia Scott ou des livres d'illustrations de Charles Anastase... Et puis il y a ce rapport à la musique si  important. Quand A.P.C brode l'aigle des Ramones sur une chemise, j'ai tendance à lui donner plus de crédit que quand Zadig&Voltaire l'affiche en 3 par 4 en lurex dans le dos d'un pull. Bien avant la reprise systématique et mercantile de l'imagerie rock dans la mode, A.P.C a toujours affiché sa révérence pour la musique et ceux qui la font. Et puis comment ne pas adouber une marque qui aime autant un artiste aussi gracieux que Jonathan Richman?
 


Ou sinon si quelqu'un voit un jour ce manteau passer quelque part, je le cherche toujours!

Clemence Poesy porte le manteau que je veux - Garance Doré

Allez Cheers!

lundi 30 septembre 2013

Vestiaire iconique #4 : le gilet de Chloë Sévigny

Chloë at home/ tout simplement








































Bon Chloë Sevigny porte un gilet avec son prénom dessus. "So what ?" pourrait-on dire... Et bien moi je veux y voir du signifiant. En effet, on pourrait croire que ce gilet crie "MOI" mais en fait il dit "JE". Quelle différence? Les enfants ont souvent tendance à commencer leur phrase par "Moi, je..." distinguant ainsi bien le fait d'appeler l'attention de celui d'affirmer son action, sa place.

Ce pull résume bien ça. Chloë Sevigny n'a pas vraiment besoin d'attirer l'attention. Son talent d'actrice, sa présence physique tout en jambes fuselées et regard mystérieux (mi-endormi, mi-ironique), son côté "à l'aise partout" l'ont instantanément mise dans la lumière. En revanche, elle dit souvent "JE" par ses choix comme jouer un transexuel dans la très complexe Hit & miss, une mormone dans Big Love. Doit-on également parler de Brown Bunny ou de Gummo? Je n'y vois pas un habile sens du positionnement et de la provocation. J'y vois surtout quelqu'un qui sort de sa zone de confort, qui teste et qui prend en compte qu'apparaître sous son meilleur jour n'est pas la clé de la cinégénie.

Au-delà de ça, on tricote rarement un pull avec son prénom dessus. C'est plus souvent un cadeau que votre grand-mère vous fait, une marque d'attention, une manière de vous dire que vous existez et de le faire savoir aux autres. Ma grand-mère a réalisé des petits écussons en feutrine sur lesquels elle a brodé le prénom de mon fils avec du fil doré. Quand je vois ces petits bouts de tissu, la délicatesse, le travail et la patience qu'ils ont nécessité, je me dis que tous ces "JE" ne demandent qu'à sortir.

Allez cheers!

mercredi 11 septembre 2013

Too many, too much and not enough

C'est la minute "ma vie"
C'est amusant et légèrement déprimant combien une vie peut se construire sur le principe de l'accumulation. Livres, vêtements, idées, envies, disques, projets, ambitions, désillusions, bougies parfumées, mugs, reproches, enthousiasmes, empilement qui mêle bon comme mauvais, matériel et immatériel.

J'essaie de décoder d'où vient ce terrible besoin d'accumuler:
- d'un point de vue très matérialiste, parce que j'aime être entourée de belles choses. je suis la victime du "plaisir des yeux" qui se transforme rapidement en "je le veux!" puis "comment l'avoir?" (et pour pas trop cher, parce qu'en plus de ça, je trouve le jeu de la débrouille palpitant).
- parce que c'est dans mes gènes. Il suffit de voir la maison dans laquelle j'ai grandi pour comprendre que le mot dépouillement ne fait pas partie de la grammaire familiale.
- parce que j'ai un esprit boulimique. Un sujet en amène un autre, une envie est liée à une autre. La curiosité est un vilain défaut, ça vous pourrit une vie intellectuelle (et un lieu de vie) en vous donnant des objectifs irréalisables: avoir tout lu, avoir tout vu afin de tout comprendre de la Matrice.
- parce que j'ai l'impression que toutes ces choses accumulées parlent pour moi, qu'elles me racontent ou plutôt qu'elles racontent le désordre et le fourmillement qui règnent dans mon cerveau sans que j'ai besoin de le formuler à voix haute. Pour les timides, s'exposer ça économise les mots.

Dans le même temps, si j'aime que les lieux soient habités de la vie intérieure des gens (un appartement sans livre ou sans disque me terrorise), parfois, je me sens dépassée par ce qui m'entoure. Pourquoi avoir 25 affiches d'expo encore roulottées, pourquoi vouloir encore faire l'acquisition d'un nouveau manteau bleu marine,  pourquoi ne pas terminer la pile de 10 romans commencés en même temps avant d'en acheter un nouveau...?

Peut-être est-ce le besoin de s'attacher, de dépendre de quelque chose. Ce qui me pose souci c'est qu'on dit souvent avec raison qu'il ne faut pas devenir esclave de ses possessions, qu'elles vous empêchent d'être libre de vos mouvements: tout devient compliqué, on a peur de les laisser. Et puis, ça entretient la frustration (on commence des to do, to buy, to throw list qu'on ne finit jamais). Bref, ce n'est pas de tout repos.

Comme c'est le temps de la rentrée, j'ai donc pris des bonnes résolutions. Essayer de pouvoir prendre un livre sur une étagère sans faire tomber 3 appareils photo, 2 vases et  100 000 bibelots en tout genre, en fait partie. Renoncer à l'acquisition de tous les totebags de la terre également. Ebay et leboncoin, vous allez souffrir!

C'était vraiment très intéressant.


 Allez cheers!


mardi 9 juillet 2013

Vestiaire iconique #3: la robe longue en jersey de Joan Didion



Il y a une certaine constance dans les photos représentant les grandes heures de Joan Didion. Une cigarette qui se consume, le regard déjà grave alors même que le pire n'est pas encore arrivé, la présence d'une voiture de sport qui laisse penser qu'on vit vite et dangereusement. Et puis il y a souvent une robe ou une jupe longue faite dans une maille aussi légère que l'ossature de l'écrivain.

Joan Didion est un écrivain couteau suisse, dans la grande tradition américaine, à la fois journaliste, essayiste, scénariste et romancière. Ses romans gardent la couleur de ses reportages, une écriture sobre, descriptive et à la recherche du mot juste. Chroniqueuse hors pair des années 70, elle conserve une distance appréciable quant à la mythologie de cette époque, en révélant l'angoisse sous-jacente, la paranoïa ambiante.

Vêtement aussi sobre que son regard sur le monde, camisole de douceur pour femme à jamais frappée par le deuil, matière fluide pour être en perpétuel mouvement, la robe longue de Joan Didion est un vêtement reflet.

Cheers

lundi 8 juillet 2013

Présumée innocente



Depuis quelques jours, plusieurs idées se télescopent dans ma tête. La réécoute d'un album qui a beaucoup rythmé mon adolescence, la lecture d'un post de Café Mode sur le site Part Nouveau et la consultation de sites en tout genre m'ont fait réfléchir aux contours du concept d'influence.

Le blog Part Nouveau décrypte en effet la résurgence des images du "passé" dans le travail photographique et stylistique d'aujourd'hui en centrant son approche archiviste sur la mode. Sa lecture est bien sûr passionnante et m'a fait repenser à toutes ces fois où une image en convoquait une autre de manière plus ou moins ostensible.

Si la réappropriation d'images est omniprésente dans l'éditorial classique, elle l'est aussi sur les blogs avec parfois un effet d'entonnoir assez fascinant. Pour exemple, il fut un temps où le blog thecherryblossomgirl proposait, de manière totalement revendiquée, une déclinaison de l'univers de Sofia Coppola, elle-même fortement influencée par les photographies de William Eggleston et de Joseph Szasbo. Impossible de ne pas être amusée du coup par la multiplicité des influences à l’œuvre pour la production d'une seule image. Pour exemple, je pense particulièrement à cette photo d'Eggleston représentant une jeune femme alanguie sur l'herbe, principale inspiration de Sofia Coppola pour figurer Lux Lisbon au petit matin de sa prom night, et qui a depuis fait l'objet de centaines de déclinaisons sur différents blogs féminins.

W. Eggleston - “Untitled,” 1975

Sofia Coppola - The Virgin suicides
Thecherryblossomgirl.com

La réinterprétation d'images est devenu un phénomène assez massif et ne puise pas seulement ses sources dans la photographie ou le cinéma.. Il est assez amusant de voir comme Instagram qui a vocation à donner libre cours à la créativité, creuse plutôt le sillon d'une esthétique très formatée. Pour quelques comptes créatifs, la plupart (dont le mien, je ne juge pas) fabriquent des images au final uniformisées. Les blogs, les réseaux sociaux en nous ouvrant la porte sur l'univers des autres nous rendent paradoxalement paresseux et semblables.

Bon là je m'égare. Ce qui est le plus intéressant dans l'influence c'est qu'elle est parfois tout à fait innocente. Il y a quelques temps, Miley Cyrus a sorti un nouveau clip. Pour rappel, Miley Cyrus est une espèce d'icône Disney qui doit avoir 19 ans et qui, passée sa période "petite chérie de l'Amérique", fait désormais tout pour faire comprendre qu'elle est plus pervertie qu'elle n'en a l'air (rasage de tête, teinture blonde platine, piercings, danses lascives et autres choses étant censées nous faire pousser des cris). Dernier fait d'armes en date, son nouveau clip "We can't stop", qui a beaucoup fait parler pour sa réinterprétation maladroite du son "noir".




Ce clip m'a surtout fait penser à un autre vidéo qui elle aussi avait fait scandale à sa sortie : le clip de Fiona Apple réalisé par Mark Romanek pour le single "Criminal". Les deux films sont vraiment intéressants à comparer car sans le savoir celui de Miley Cyrus est très fortement influencé par celui de Fiona Apple.



Ils présentent tout deux deux jeunes femmes de 19 ans en pleine affirmation de leur féminité et de leur sexualité. La transition de l'adolescence vers l'âge adulte y est associée à une représentation importante du corps, entre genoux cagneux et chevilles entortillées pour l'une et sensualité volontairement outrancière et donc forcement maladroite pour l'autre. Le tout dans une atmosphère de fête décadente à laquelle dont on ne détiendrait pas l'accès.

Autre correspondance : chaque clip est le produit de son époque. Dans l'oeil de Mark Romanek, Fiona incarne tout à fait l'idée que l'on se fait des années 90 avec sa maigreur à la Kate Moss, ses nuisettes tout droit sorties d'un défilé Miu Miu de l'époque et l'atmosphère reflet de la passation de relais entre la période grunge et le porno-chic lancé par Carine Roitfeld et Tom Ford. Dans le clip de Miley Cyrus, ce sont les années 2010 qui apparaissent dans toute leur vulgarité à grands renforts de signes ostensibles de connerie 2.0 et surtout dans cette esthétique bling-clochard-seapunk chère à notre époque.

Là où les choses diffèrent et où Miley devraient tirer des leçons de Fiona, c'est qu'on est jamais plus subversif que lorsque l'on en dit peu. Si We can't stop multiplie les fausses provocations (oeillades langoureuses, plan sur toute l'anatomie de la belle, séquence de danse assez ridicule sur lit et port du legging blanc douteux), celui de Fiona nous laisse sur une interrogation: que s'est-il passé? On décèle la forte tension sexuelle, le voyeurisme de ses acteurs mais également le nôtre qui règne dans la pièce qu'il nous est donné à voir mais y a-t-il une victime? si oui est-ce elle? le film fait alterner les rôles et laisse entrevoir un personnage beaucoup moins innocent qu'il n'y parait.

Bref, Miley, va te rhabiller.

Allez, cheers!






mercredi 19 juin 2013

Vestiaire iconique #2 : le collier nuage de Nora




Fille perdue mais sans cheveux gras, Nora est l'amoureuse contrariée du film Broken English de Zoe Cassavetes. Loin de l'hystérique Bridget Jones, Nora est une âme sensible, terriblement féminine dans sa recherche d'être transcendée et dans ses contradictions (se contenter du peu ou vouloir le tout). On l'imagine très bien déambuler sur le Madame rêve de Bashung tant Nora cherche, dérive, trouve, perd et finalement tente. Pétrifiée mais avec style, Nora a une garde-robe rêvée.

Symbole de ses humeurs, son pendentif en forme de nuage dont les gouttes de pluie viennent délicatement se poser dans le creux de son cou est un bijou empli de poésie.

Si Broken English n'est pas un GRAND film, il a le mérite de dérouler une petite musique sensible et proche de nous à laquelle il est difficile de ne pas succomber.


 

Cheers!









jeudi 30 mai 2013

Passion Liberty

Je me rends peu à peu compte que je suis capable d'acheter n'importe quoi à partir du moment où le liberty s'immisce dans l'équation (robes d'été alors que le soleil ne vient pas, bracelets en tout genre, bougies Bonpoint parce qu'elles ont une petite housse, idem pour leurs savons, culottes Baby doll immettables, housses de coussins, trousses à n'importe quoi, porte-cartes et j'en passe).  J'en serais même à essayer de reprendre la couture, activité pour laquelle je suis très peu douée, rien que pour pouvoir utiliser les métrages que j'accumule depuis plusieurs années dans mes placards.

Pourquoi? parce que le liberty repose sur un principe bien plus intéressant que la simple accumulation chaotique de fleurs: l'exécution graphique emprunte tant aux codes esthétiques de l'art-nouveau (la célébration de faune et de la flore, la récurrence de l'arabesque et de la plume de paon...) qu'aux influences nordiques (le principe de la répétition, le motif naïf, les scènes champêtres), les combinaisons chromatiques d'une douzaine de couleurs sont souvent sublimes et acrobatiques, et puis bien sûr la délicatesse et la fraîcheur du coton tana law ne sont plus à démontrer. Mais attention, j'entends du vrai Liberty, préférence marquée pour sa version Tana Lawn, envers aussi beau qu'endroit et douceur proche de la soie. En bonne ayatollah, je regarde avec mépris tout ce qui se revendique comme ou prétend imiter cet imprimé mythique et, pire, dévisage les personnes qui me disent "ah oui le tissu à fleurs" quand je leur en parle avec des étoiles dans les yeux.

En France, le liberty est le plus souvent associé à la marque Cacharel qui popularisa ses imprimés, et puis à une certaine esthétique qui oscille entre David Hamilton pour le côté jeunes filles en fleurs ou La petite maison dans la prairie... Pour moi, ce tissu évoque bien sûr l'enfance, mais aussi les chemises de ma mère que je garde précieusement, et puis surtout mon amour pour l'Angleterre et Londres plus particulièrement. J'y projette l'élégance du magasin qui fit naître ce tissu avec ses ascenseurs en bois, son allure de vieux manoir, son rayon fleuriste où les couleurs propres aux jardins anglais se déploient avec douceur.

En mettant du liberty dans ma maison et dans mes vêtements, j'ai l'impression d'accéder à un peu de ce raffinement anglais, de gagner en noblesse avec l'envie de se tenir un peu plus droite et de m'asperger des parfums de Miller Harris. Dans ce fantasme pur, je lirais vraiment des poèmes de  John Keats lovée dans mon canapé Chesterfield vert de gris (c'est important) et comprendrais toute la subtilité des blagues des Monty Python.

Comme je me tiens toujours aussi mal et que la poésie peut me barber, Liberty a pensé à moi en développant des motifs beaucoup plus accessibles en termes d'imaginaire:


Cheers!




mercredi 22 mai 2013

Vestiaire iconique #1: le manteau de Margot Tenenbaum






















Il y aurait beaucoup de choses à dire sur le personnage de Margot Tenenbaum dans "The Royal Tenenbaums", son caractère tout Salingerien de singe savant rebelle, son désir de ne pas grandir et surtout cette tension intérieure qui affleure sous le flegme a priori constant.

Mais comme un personnage se construit également par ses vêtements et que Wes Anderson est un homme de goût, je retiens ce manteau de femme entretenue trop long, trop chaud et pourtant si désirable qui contraste avec la barrette d'enfant sage et les robes Lacoste de joueuse de fond de court.

J'ai trouvé le mien à la braderie A.P.C de cet hiver, il ne reste désormais plus qu'à descendre du bus au son de These days de Nico :





Cheers!